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Introduction à l’histoire juive en Belgique II

XIXe siècle : de l’émancipation « à la française » à un « judaïsme belge »

Réduite à moins d’un millier de personnes à la fin du XVIIIe siècle, la population juive de nos régions en comptera quelques 3.500 lors de l’indépendance de la Belgique (1830), environ 40.000 à la veille de la Première Guerre mondiale (1914) et probablement 70.000 à la veille de la Deuxième Guerre mondiale (1939).

Cet accroissement résulte, certes, de vagues d’immigration successives – de France, d’Allemagne et de Hollande jusqu’au dernier quart du XIXième siècle ; d’Europe orientale et centrale par la suite ; du Reich allemand à partir de 1933. Mais si ces populations d’origines si diverses se sont établies durablement en Belgique et s’y sont intégrées au point de devenir belges à part entière, c’est notamment parce que les autorités politiques et la population du pays d’accueil ont su créer les conditions propices et inventer, avec les Juifs eux-mêmes, des solutions originales préservant leur identité particulière.

S’inspirant de l’exemple français, la toute jeune Belgique proclame (Constitution de 1831) l’égalité en droits des individus ainsi que celle des cultes. Un Consistoire israélite de Belgique est installé dès 1832, qui se donne pour objectif de créer non seulement « l’unité du judaïsme en Belgique, mais un judaïsme belge ».

L’organisation de ce « judaïsme belge » est parachevée en 1872 (loi sur le Temporel des Cultes). Tous les israélites du pays sont alors organisés en communautés locales mais groupés légalement en un seul ressort, dont l’autorité supérieure est le Consistoire Central Israélite de Belgique. Ce dernier a notamment pour mission de représenter les intérêts temporels du culte auprès des autorités civiles, de choisir un grand-rabbin, d’approuver la nomination des ministres du culte choisis par les communautés ou encore d’approuver les budgets et comptes annuels des communautés reconnues et les règlements d’ordre intérieur.

Pour la petite élite sociale et financière qui tient les rênes du consistoire, le « judaïsme belge » devait être façonné à son image : intégrée, moderne, rationaliste, libérale. On ne peut toutefois en parler que comme d’un idéal ; la résistance des orthodoxes fut telle, dans les communautés locales, que la pratique atteste plutôt d’une alliance fluctuante et empirique entre réforme et tradition. Dans leurs sermons, par exemple, les rabbins et grands-rabbins étaient exhortés à commenter le Pentateuque et les Prophètes de préférence au Talmud, de manière à promouvoir un judaïsme éthique, fraternel, universaliste, prônant l’engagement social et patriotique. Toute référence au retour à Sion et à l’attente messianique fut d’ailleurs bannie des prières – avant d’être réintroduite après 1945. Les services furent raccourcis, divisés en un culte hébraïque et une seconde partie consacrée à des exercices de piété et de morale en langue vulgaire. Les synagogues bâties en Belgique à partir de 1865 (Arlon, la première), étaient conçues plus comme des lieux d’édification morale que de culte, d’étude et de sociabilité. Leurs façades, de style romano-byzantin ou néo-mauresque, devaient signifier la religiosité (le roman) et l’origine orientale du judaïsme (le byzantin), en un temps où l’orientalisme était à la mode. Leur espace intérieur tendait au dépouillement, à l’imitation des temples protestants. L’estrade de lecture de la Loi (bimah) ne devait plus être au centre, soit au milieu des fidèles, mais face à eux, devant l’Arche sainte protégeant les rouleaux de la Tora, pour accentuer la théâtralité du service divin. Des chœurs et des orgues enrichissaient la liturgie.

En définitive, l’édifice institutionnel, doctrinal et cultuel du « judaïsme belge » tendait à réaliser, dans un entrelacs original, les idéaux des émancipateurs français de la fin du XVIIIe siècle, ceux des partisans allemands des Lumières juives du premier tiers du XIXe siècle et ceux du libéralisme belge. Un jeune juif bordelais, Elie Aristide Astruc, grand-rabbin du pays de 1866 à 1879, en deviendra la figure emblématique. C’est donc toute l’Europe des Lumières juives qui, dans le « judaïsme belge », s’était donné rendez-vous.

L’institution consistoriale et son idéologie seront néanmoins marginalisées progressivement par l’arrivée en Belgique d’une vague sans précédent d’immigrés juifs originaires d’Europe orientale et centrale. L’institution tint bon, démontrant une réelle capacité d’adaptation aux circonstances – mais peut-être aussi parce que dans le contexte propre à la Belgique, elle était, et demeure, indispensable et irremplaçable. Par contre, l’idéologie qui l’avait sous-tendue et qu’elle voulait diffuser dut se modifier en profondeur après la shoah.

Les métiers

Les premières familles juives installées en Belgique à partir de la fin du XVIIIième siècle étaient originaires de Hollande, du bassin rhénan et d’Allemagne, d’Angleterre et de France. Le rôle notable de plusieurs d’entre elles dans le développement de la Belgique naissante, et souvent durant les deux siècles suivants, n’est plus à démontrer.

On se souvient notamment des Bischoffsheim, des May, des Lévi-Montefiore et des Wiener dans les domaines politiques, ou des familles Errera, Oppenheim, Lambert, Philippson et de Bauer dans les domaines de la banque et de la haute finance. Il y eut aussi des personnalités du monde artistique et littéraire, comme les compositeurs et musiciens Jules Erlanger, Edouard Samuel, Sidney Vantyn, les peintres, graveurs et sculpteurs Charles Samuel, Jacques, Charles et Léopold Wiener, les polygraphes et hommes de lettres comme Lehman Kahn et Hartog Somerhausen, dont le petit-fils, Eugène Simon (1827-1895) et l’arrière-arrière petit-fils Marc (1899-1987) furent des juristes de premier plan. Le premier fit une brillante carrière au sein du ministère de l’Intérieur et est l’auteur du Code politique de la Belgique (1871), le second accédera à la fonction de premier président du Conseil d’Etat, de 1966 à 1971.

Loin de se cantonner aux métiers d’argent, les Juifs, au cours du XIXe siècle, étaient également marchands de chevaux, ouvriers, maçons, brocanteurs, revendeurs d’articles d’optique, de bijouterie et de joaillerie, bouchers, boulangers, artisans en lutherie et en gravure, raccommodeurs de faïence, sans oublier les arts de la médecine et de la dentisterie. D’autres étaient instituteurs, précepteurs, professeurs et écrivains. Quant aux femmes, nombre d’entre elles étaient brodeuses, tricoteuses, passementières, servantes, dames de compagnie, mais aussi chanteuses ou institutrices. Pour renouveler les forces vives du pays, après les effroyables hécatombes de la Première Guerre mondiale, on fit appel à une importante immigration originaire, pour l’essentiel, d’Italie et de Pologne. Dans ce contexte, plusieurs dizaines de milliers de Juifs d’Europe orientale vinrent s’installer en Belgique. Les uns trouvèrent provisoirement de l’embauche dans l’industrie charbonnière, la sidérurgie ou la construction mécanique – dans l’espoir, toutefois, d’échapper rapidement à la condition ouvrière pour se diriger vers des métiers plus proches des activités traditionnellement juives dans leurs pays d’origine : artisanat du cuir et du textile, commerce de détail, marchand ambulant. D’autres furent attirés par la réputation et la diversité de notre enseignement supérieur professionnel et universitaire, notamment à Gand, à Bruxelles et à Liège.

La prospérité des années 1950 et 1960 favorisera la création d’ateliers semi-industriels et d’entreprises commerciales dans les secteurs de la ganterie, de la maroquinerie, de la chaussure, du vêtement et, à Anvers en particulier, du diamant.

A partir des années 1970, la génération du « baby boom » accédera massivement aux professions libérales, intellectuelles et culturelles : médecine, droit, recherche, enseignement, architecture, gestion d’entreprises, communication.
 

Adresse

Musée Juif de Belgique
rue des Minimes 21
1000 Bruxelles
Téléphone : 02 512 19 63 
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