GRECE. L'archipel des Cyclades. 1951
© David Seymour/Magnum Photos
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David Seymour (Chim)
Un photographe humaniste
29 octobre 2010 – 27 février 2011 |
Intellectuel, esthète, humaniste, David Seymour (Chim) n’avait pas choisi de devenir photographe. Comme beaucoup de ses amis, ce sont les hasards et les nécessités qui l’ont mené vers sa véritable vocation. Dawid Szymin - de son véritable nom - naît à Varsovie le 20 novembre 1911. Il grandit dans un milieu privilégié où il accède à la littérature, la philosophie, l’art et rencontre de nombreux écrivains de son époque. En effet, son père possède une maison d’édition qui publie, entre autres, les œuvres de Sholem Asch et d’Isaac Bashevis Singer. C’est presque naturellement que Dawid Szymin effectue ses études supérieures à Leipzig pour se spécialiser dans les techniques de l’imprimerie, afin de reprendre plus tard l’entreprise familiale.
Après avoir obtenu son diplôme, Dawid Szymin retourne à Varsovie et travaille avec son père durant quelques mois. La crise économique frappe durement la Pologne, poussant ainsi les jeunes à émigrer. C’est en France que Dawid Szymin peut échapper à un destin compromis. En 1931, il obtient un visa d’étudiant et s’inscrit à la faculté des sciences de la Sorbonne.
Très vite, il abandonne ses études. Les difficultés financières le poursuivent, ses parents ne peuvent plus subvenir à ses besoins et il doit trouver un emploi. David Rappaport, un ami de la famille et propriétaire de l’Agence Rap, lui propose de devenir reporter. Il avait vraisemblablement acquis une première expérience dans la photographie en Pologne, car il détenait une carte de presse en arrivant à Paris. Il entre dans l’histoire du photojournalisme avec un regard différent, une maîtrise technique et une rigueur scientifique qui le distinguent rapidement de ses collègues. Les images, publiées dans Paris Soir, Ce soir et Voilà, portent une signature nouvelle : Chim. Il choisit un pseudonyme que les Français peuvent prononcer facilement, tout en masquant ses origines.
Chim fréquente les cafés, notamment le Dôme, à Montparnasse, et fait la connaissance du jeune André Friedmann, connu plus tard sous le nom de Robert Capa. Il rencontre par hasard Henri Cartier-Bresson avec qui il se lie également. Les trois hommes deviennent amis. Plus tard, ils créent l’agence de photographies Magnum et conjuguent davantage leurs intérêts communs. Ces trois compères sont très différents les uns des autres. Chim est un homme courtois et timide, un intellectuel érudit au physique moelleux. En revanche, Capa est un charmeur exubérant et intelligent. Quant à Cartier-Bresson, il est issu de la bourgeoisie française qui a fait fortune dans le textile. Grand, élancé, il a reçu une éducation privilégiée et fréquente l’élite parisienne. La politique passionne d’autant plus ces jeunes artistes que les événements leur offrent de nombreux sujets de discussions. L’époque est riche en remous, les extrémistes essaient de s’emparer du pouvoir en Europe tandis que les régimes fascistes menacent de plus en plus les démocraties. Les journaux mènent le combat, défendent leurs valeurs et utilisent la photographie pour émouvoir les lecteurs ou les gagner à leur cause. Le magazine Regards est le fer de lance du photojournalisme. Créé en 1932, cet hebdomadaire adopte une ligne politique clairement à gauche. Il fait régulièrement appel à Chim, qui parvient à imposer sa vision humaniste dans les reportages qu’il propose à la rédaction. Ses photographies donnent un visage aux revendications des grévistes, des manifestants et des dirigeants du Front populaire.

FRANCE. Banlieue parisienne. 1936.
Des ouvriers occupent une usine pendant
la grève nationale pour la semaine de
40 heures, des congés payés et des
conventions collectives.
© David Seymour/Magnum Photos
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ESPAGNE. Estrémadure. 1936. Guerre civile.
© David Seymour/Magnum Photos
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Quelques semaines après la création du gouvernement Blum à Paris, le général Franco lance un coup d’Etat qui mène aussitôt à la Guerre civile espagnole. Chim est l’un des premiers photographes dépêchés sur le terrain. Il recommande Capa qui révèle son talent dans les reportages sur le front républicain. Chim reste à l’arrière et dénonce le sort des petites gens. Sa photographie la plus célèbre, Femme à un meeting pour la réforme agraire, devient une icône de la guerre civile. Elle présente une mère qui allaite son enfant au milieu de la foule. Cette femme est maigre et épuisée, ses traits sont vieillis prématurément, mais son visage exprime tout l’espoir d’un peuple qui attend des réformes et des lendemains plus heureux. Elle devient le symbole de la lutte pour la liberté et la démocratie en Espagne.

ESPAGNE. Minorque. 1938.
Guerre civile. Minorque est la seule île restée fidèle à la République. Pendant les bombardements, des enfants
trouvent refuge dans des abris souterrains.
© David Seymour/Magnum Photos
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Après la défaite des Républicains il accompagne des fugitifs qui trouvent exil au Mexique où ils sont accueillis chaleureusement. Ses reportages constituent un hymne au gouvernement socialiste de Lazaro Cardenas et à toutes les mesures qu’il prend pour améliorer le niveau de vie de la population, soutenir les paysans, arrêter la corruption et s’affranchir de la mainmise des compagnies pétrolières étrangères. |
Chim s’établit à New-York après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, le 1er septembre 1939. Le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale le convainc de rester aux Etats-Unis, où il crée un studio de développement. En 1942, il s’engage dans les services d’espionnage de l’armée américaine, obtient la nationalité américaine et, par crainte de représailles pour sa famille, prend un nouveau nom : David Robert Seymour. Il est nommé photo-interprète grâce à ses grandes connaissances et à sa compréhension de la photographie. Ses analyses d’images aériennes lui valent plusieurs décorations pour sa contribution à la victoire des Alliés.
Quelques jours après la libération de Paris, il retrouve ses amis, notamment Capa et Cartier-Bresson. La fin de la guerre permet à Capa de concrétiser son vieux rêve : créer une agence photographique. Magnum Photos naît en 1947, sous la forme d’une coopérative internationale gérée par les photographes. Chim est responsable de l’Europe, Cartier Bresson de l’Asie, George Rodger de l’Afrique et Robert Capa reste disponible pour des reportages dans le monde entier.
Chim reprend sa carrière et réalise un reportage en Allemagne pour le magazine This Week. Les images, réunies sous le titre We went back, témoignent de l’humanisme qui anime Chim. Il photographie l’Allemagne qui se reconstruit : un couple qui cultive un potager au pied du Reichstag en ruines, des scènes de la vie quotidienne et les procès des anciens chefs du camp de Buchenwald.
En 1948, il accepte un reportage, pour l’Unicef, sur les conditions de vie des enfants en Pologne, Hongrie, Autriche, Italie et Grèce. Depuis toujours, les enfants constituent le sujet de prédilection de Chim qui offre un regard attendri et compatissant à cette génération victime de la guerre. Il se rend dans les camps de réfugiés ou de personnes déplacées, dans les sanatoriums et les hôpitaux, les orphelinats, les centres spécialisés, les écoles ou les crèches.

POLOGNE. 1948. Teresa,
qui a grandi dans un camp de concentration,
dessine sa "maison" sur le tableau noir.
© David Seymour/Magnum Photos
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GRECE. 1948. Evacuation des
enfants des zones de conflit.
© David Seymour/Magnum Photos
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Chim comprend les enfants intuitivement et ceux-ci sympathisent très vite avec lui. Le photographe place l’objectif à la hauteur des personnages, permettant ainsi au spectateur de partager leur univers et leur vision du monde. Dans la photographie d’une fillette de Naples qui joue avec une poupée cassée, Chim est touché par la misère des enfants. Il saisit aussi la détresse de Tereska, qui a grandi dans un camp de concentration en Pologne. Le regard de l’enfant témoigne de tous les souvenirs qui hantent sa mémoire et la maintiennent prisonnière d’un passé dont elle ne peut se libérer.
Dans les années 1950, le public cherche peu à peu à se distraire des lourdeurs du passé et des traces laissées par la Deuxième Guerre mondiale. Cette quête du rêve incite la presse à exploiter l’image des vedettes, une tendance que l’on appelle le glamour… Chim va à la rencontre de personnalités comme Sophia Loren, Ingrid Bergman, Françoise Sagan, Audrey Hepburn ou Kirk Douglas. Avant de réaliser leur portrait, il s’immisce dans leur intimité et présente l’être humain qui se cache derrière la star. Il montre ainsi Ingrid Bergman qui porte ses jumelles dans leurs couffins ; Sophia Loren est assise sur la terrasse de son appartement ; Françoise Sagan est plongée dans la réflexion, devant sa machine à écrire ; Audrey Hepburn est photographiée pendant l’habillage, une cigarette entre les doigts ; le spectateur participe également à une séance de travail de la Callas.

ISRAEL. Le premier enfant,
Miriam TRITO, née dans la
colonie italienne d'Alma. 1951.
© David Seymour/Magnum Photos
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Audrey HEPBURN sur le plateau
de "Drôle de frimousse",
réalisé par Stanley Donen.
© David Seymour/Magnum Photos
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En 1954, lorsque Capa perd la vie en Indochine, Chim est lourdement affecté par la mort de son ami. Il s’investit dans le fonctionnement de l’agence Magnum. Parallèlement, il réalise des reportages en Grèce et en Israël. La Grèce l’attire, mais Israël le fait vibrer. Il a grandi dans des milieux sionistes à Varsovie et peut s’émouvoir de la création d’une patrie pour les Juifs. Il se rend chaque année en Israël et en ramène des photographies qui relatent la vie quotidienne et l’intégration des immigrants. Les contrastes sont nombreux, comme par exemple dans une photo de mariage, entre la joie du jeune couple et la précarité qui les entoure. On s’étonne également de la douceur du visage d’une jeune femme vêtue d’un uniforme de l’armée, un fusil posé sur l’épaule. En Galilée, un homme montre fièrement un bébé alors que derrière lui se dessine le paysage d’une terre en friche autour de quelques maisons isolées.
La technique de Chim est remarquable. Pendant ses reportages, il dialogue longuement avec ses interlocuteurs avant de les figer sur la pellicule. Il se tient à une certaine distance des sujets qu’il photographie et les laisse évoluer dans leur univers. Son objectif se tourne également vers les plus vulnérables : des vieillards, des ouvriers, des femmes et des enfants. Chaque reportage, chaque cliché relate ces conversations de Chim avec l’humanité qui l’entoure.

EGYPTE. Port Saïd pendant la
Guerre de Suez. 1956.
© David Seymour/Magnum Photos
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Le parcours de Chim s’achève brutalement en Egypte. Il réalise un reportage sur l’affaire de Suez, du côté égyptien, et tombe sous les balles d’un soldat de Nasser le 10 novembre 1956. Il se préparait à photographier un échange de prisonniers après la signature du cessez-le-feu.
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